15/04/2015

La "Petite Italie" de Michèle Corrotti et Philippe Peretti

"Petite Italie" est un superbe roman écrit à 4 mains par deux écrivains bastiais qui bénéficient d'une très grande notoriété dans notre cité. Edité par Alain Piazzola il s'agit d'un très beau livre dans tous les sens du terme. Et le lecteur amoureux de Bastia sera tout de suite conquis par la couverture du roman illustrée par un détail d'une toile de Stéphane Castelli "Le vieux Bastia, souvenir"

 

La "Petite Italie" de Michèle Corrotti et Philippe Peretti
Tout bon lecteur prend le temps de lire la quatrième de couverture d'un ouvrage, alors-là, avec "Petite Italie" la séduction opérera. Il lira : " Bastia la génoise, Bastia l'italienne. Nous sommes en 1935. Alors que dans sa patrie voisine, la revendication irrédentiste est mise en scène par le régime mussolinien, que peut bien penser de cette ville un consul d'Italie fraîchement nommé? Un récit documenté mais largement imaginaire. Un détour par l'histoire pour redécouvrir Bastia.

"Le ciel plombé, l'horizon contrarié par une mer hostile et la barrière des montagnes l'angoissaient. Il s'interrogeait sur la réalité de sa mission. Il vivait un exil impuissant. A quelque cent cinquante kilomètres de là, dans le décor morbide du Palazzo Venezia, des décisions étaient prises qui scelleraient peut-être son destin. Et il ne pouvait même pas, mêlé à ses congénères, la petite cohorte morne des fonctionnaires romains, se donner l'illusion d'une participation au mouvement qui, comme la houle de la Tyrrhénienne, poussait son peuple vers des rivages incertains. Il avait peu progressé dans la carrière, lui qui avait adoré les titres, les décorations, les uniformes. Il en venait à penser que Bastia, italienne jusqu'à la caricature, n'était qu'un reflet, un leurre. Une ombre portée sur la paroi de la caverne."

Un beau roman qui nous raconte dix ans de la vie d'un homme nommé consul d'Italie à Bastia dans le milieu des années 1930. Ce livre parle de politique, de guerre, mais aussi d'amour... Il nous fait voyager de la Corse à Rome, puis en Ethiopie à Addis Abeba, puis à Djibouti... puis à nouveau à Bastia. Ce roman écrit à quatre mains, très bien documenté, intelligent, au style alerte nous offre de fabuleuses descriptions de la ville et nous la fait aimer... Un très beau texte, sans temps morts, captivant, servi par des plumes de qualité. Deux auteurs à découvrir!

Quelques impressions de Bastia en 1935...
"L'assistance était maigre sur la grande place. Ce serait une fête nationale sans entrain, gâchée, disait-on autour de lui, par le temps maussade. Dans le port, le courrier d'Italie, La Città di Savone, faisait son entrée. Elle transportait chaque semaine quelques tonnes de marchandises et quelques dizaines de passagers entre Gênes, Livourne et Bastia, et poursuivait sa route jusqu'à Porto Torres, sur la côte sarde."
"Les maisons sortaient de l'ombre. Le soleil s'éveillait. Ses premiers rayons éclaboussaient la mer et répandaient sur les quais, les façades, les toits, et plus loin sur les pentes des collines, une lumière jaune. Dans la douceur de ce matin de septembre, le consul regardait les pêcheurs démailler, les barques remuer au rythme du clapot, le linge pavoiser les façades austères et, au-dessus des lauzes tachées de brun, les mouettes tirer des bordées, cisaillant le ciel de leurs corps robustes".

Les auteurs

La "Petite Italie" de Michèle Corrotti et Philippe Peretti
Michèle Corrotti est née à Sartène. Elle enseigne au Lycée de Bastia les lettres classiques puis le cinéma. Elle est fondatrice et présidente d'Arte Mare, festival du film et des arts en Méditerranée, elle est à l'origine du Prix Ulysse décerné à un premier roman et à l'ensemble d'une oeuvre. Elle peint. Elle est également l'auteur d'un premier roman "Petite Italie".

Philippe Peretti est originaire de Tox. Professeur d'histoire au Lycée Giocante de Casabianca, il a été chargé de cours dans plusieurs universités et publie des articles d'histoire locale. Il a exercé des mandats électoraux et a siégé à l'Assemblée de Corse. Il est actuellement adjoint au maire de Bastia, en charge du Patrimoine.

La parole aux auteurs 
Au sujet du roman : "Fonctionnaire imprudent, Pietro Arrivabene va faire des rencontres qui changeront sa vie. Un récit documenté mais largement imaginaire. Un détour par l'histoire pour redécouvrir Bastia."
Au sujet de Bastia : "Nous aimons cette ville. Bastia est vraiment le point de départ de ce roman. Les questions que nous nous posions sur le présent de Bastia, son charme mais aussi son relatif délabrement, sa population, ses rapports avec la Corse des villages, avec Ajaccio, ses relations avec l'Italie si proche qui est son horizon... trouvent bien sûr quelques éléments de réponse dans le passé de la ville. Et la période choisie, avant le désastre, des années vécues par la génération précédente, nous donnait l'occasion de confronter des récits parfois contradictoires et peut-être de rétablir quelques vérités."

Une nouvelle œuvre en préparation

La "Petite Italie" de Michèle Corrotti et Philippe Peretti


"Le prochain roman, dont le titre provisoire est "Tambour battant" a toujours pour cadre Bastia. Il se situe également à un moment charnière de l'histoire, 1769, l'année de l'annexion de la Corse par la France. A travers les parcours entrecroisés de personnages dont certains très connus, d'autres beaucoup moins ou purement fictionnels, nous cherchons à comprendre les enjeux de cette confrontation entre des sociabilités différentes."
Un nouvel ouvrage pour lequel tout Bastiais passionné par l'histoire et sa ville attend la parution avec impatience !

Simon Giuseppi raconte l'internement de "civils austro-allemands à Corbara"

Tout dernièrement Simon Giuseppi présentait son magnifique album "L'internement à Corbara en Corse de civils Austro-Allemands - 1914-1920" (éditions Alain Piazzola) en présence de Christian Peri (Conservateur des bibliothèques), Linda Piazza (Bibliothécaire) et Philippe Peretti (Adjoint au Patrimoine de la ville de Bastia).

 

Bastia : Simon Giuseppi raconte l'internement de "civils austro-allemands à Corbara"

L'auteur, comme son patronyme ne l'indique pas est anglais, mais sa famille est originaire de Méria. En 1791, un de ses ancêtres est parti s'installer à Trinidad et il y a fait souche pour quatre générations. En 1900, le grand-père de Simon Giuseppi part en Angleterre pour y faire ses études de médecine, et la famille s'y installe pour trois générations. Simon Giuseppi verra ainsi le jour au Royaume Uni , pendant la seconde guerre mondiale. Il fait ses études en Angleterre, notamment son Droit à l'université d'Oxford. Cependant il n'embrassera pas une carrière juridique, mais travaillera dans les sphères des multinationales dans l'industrie du papier. Son travail l'amènera à parcourir le monde et à rencontrer de grands managers.

C'est à la fin des années 1990 que Simon Giuseppi va s'installer à Ajaccio et qu'il va débuter des recherches dès cette époque.

Si "L'internement à Corbara en Corse de civils Autro-Allemands" est son premier livre, Simon Giuseppi est déjà l'auteur d'une monographie en trois volumes sur Pietralba et d'un important travail concernant le site archéologique de l'âge de fer de Cagnano, mais ces oeuvres restent confidentielles.

Simon Giuseppi  a mis plus de trois ans pour écrire et mettre au point ce superbe ouvrage qui trouve sa genèse dans des dessins de Julius Hammer découverts en Autriche.

 

Bastia : Simon Giuseppi raconte l'internement de "civils austro-allemands à Corbara"

- Comment les civils Austro-Allemands sont dirigés sur le couvent de Corbara ?
- En août 1914 le ministre de la guerre décide une mobilisation générale et le ministre de l'intérieur demande à ce que tous les étrangers présents sur le sol français se déclarent. Il va y avoir un tri. Les étrangers dont les pays ne sont pas impliqués dans le conflit regagnent leur patrie, alors que tous les ressortissants des pays ennemis sont détenus. Ce sont des internés civils masculins qui ont été arrêtés dans la région de Lyon et en France méridionale qui vont être dirigés vers la Corse. Ils sont acheminés par convois de 400, effectuent la traversée Marseille-Bastia, puis empruntent le chemin de fer jusqu'à Ile Rousse.
Le premier convoi d'Austro-Allemands arrive à la mi-novembre 1914. Le contingent d'internés est complet dès la fin du premier trimestre 1915.

- Qui étaient ces internés?
- Il y a eu beaucoup d'employés d'hôtels et de restaurants, mais aussi des étudiants, des professeurs, des artistes, des musiciens, des intellectuels, des agriculteurs, des mécaniciens, des cordonniers, des coiffeurs, des boulangers... Parmi ces hommes on peut trouver aussi quelques "VIP" : le pasteur Georg Kukenthal (botaniste), Paul Spatz (explorateur-ornithologue), Breckling-Bredow (régisseur de cinéma), Paul Deutsch, Alfred Bohner (musiciens), Max Schulze-Sölde, Rudolf Popper, Kaspar Essenwein, Richard Riedel (artistes), Victor Auburtin (journaliste), Siegfried Rudolf Graf Vitzhum Von Eckstädt (un aristocrate, comte sans profession).

- La vie des internés au couvent de Corbara
- Le couvent de Corbara était vide et abandonné depuis 1906. Lorsque les internés y arrivent il n'y a ni eau ni électricité. Ils reçoivent le strict minimum, soit une paillasse, une gamelle, un quart et des couverts. Ils vont alors devoir se débrouiller et tout fabriquer eux-mêmes. Par ailleurs, ils vont devoir aussi faire face à une grande promiscuité. En effet, le couvent était conçu pour recevoir 40 religieux et ne comprenait donc que 40 cellules. Or, ce sont presque 800 internés qui s'installent, plus 70 ou 80 militaires et gendarmes chargés de la garde. Environ 150 hommes vont loger et dormir dans l'église du couvent.

Cependant, le gouvernement français tenait à ce que ces civils soient bien traités et gardés en bonne santé. Un médecin est donc nommé immédiatement, tandis qu'une pharmacie et une infirmerie sont créées et tenues par les internés. En quatre ans, il n'y aura que quatre morts à Corbara. Les grands malades étant évacués et soignés dans les hôpitaux.

Les internés vont tout faire pour améliorer leur régime alimentaire et leur ordinaire. Ils vont créer un potager, élever des lapins et des cochons... et une cantine va être mise en place pour l'achat de vin et de charcuterie. Ils vont même cultiver du tabac. Un four à pain a aussi été construit.

Le courrier est le seul vrai lien avec l'extérieur, à raison d'une lettre et deux cartes postales par semaine. Les internés reçoivent aussi des colis et des mandats.

Les détenus organisaient des activités culturelles et sportives. Certains s'adonnaient aussi à des activités artistiques : Hammer, Beck (artistes amateurs), Carl Theodor Protzen, Gustave Lino (peintres).

Ils peuvent aussi travailler à l'extérieur du couvent, et ce à partir du printemps 1915. Ils ont des employeurs civils et sont actifs dans différents secteurs (agriculture, travaux forestiers, hôtellerie, artisanat, commerces, mines, usines, administrations...)

 

 

La fin de l'internement
Les accords de Berne signés fin 1917 prennent effet en 1918. Tous les internés sont libérés en juillet-août 1918, sauf ceux qui demandent leur maintien sur le sol français.
Ce passé du couvent de Corbara, comme centre d'internement de civils Austro-Allemands, pendant la Grande Guerre, était méconnu. Et c'est presque le hasard qui a mis Simon Giuseppi sur la piste de ces détenus hors du commun. En effet, il y a environ quatre ans, il a reçu un ancien collègue autrichien dont le grand oncle, Julius Hammer, avait été détenu dans le couvent de Corbara et avait décoré deux cellules. Simon Giuseppi connaissait ces fresques, mais c'est vraiment à ce moment là qu'il s'est intéressé au sujet et a effectué des recherches aux archives d'Ajaccio, de Vienne, de Berlin, de la Croix-Rouge Suisse. Il va alors entrer en possession de différents documents, dont de nombreux dessins réalisés à Corbara par Julius Hammer lors de sa détention et de photographies prises par Isidore Aubert, du service photographique des armées créé en 1915, qui a contourné le règlement en prenant des clichés de ces détenus civils de Corbara.

Le présent album est donc richement illustré de dessins et aquarelles de Julius Hammer et de photographies d'Isidore Aubert.


Quatrième de couverture

"La France, comme tous les pays belligérants, s'est trouvée confrontée, dès les premiers jours de la Grande Guerre, à la problématique des ressortissants civils de pays ennemis présents sur son sol national; la solution retenue par le Ministère de l'Intérieur a consisté à évacuer les quelques soixante quinze mille personnes concernées, hommes, femmes et enfants mais principalement des hommes seuls mobilisables, vers une soixantaine de camps aménagés pour les accueillir dans des endroits éloignés du front et faciles à surveiller.
En Corse, quatre anciens couvents ont servi de prison sans mur d'enceinte à plus de deux mille Austro-Allemands. Notre ouvrage décrit la mise en place de cette infrastructure, le fonctionnement et le contrôle des camps, les conditions d'existence et les activités des "internés" et l'assimilation d'un grand nombre d'entre-eux dans l'économie corse, vidée, par la guerre, de sa force vive autochtone.
Pour reconstituer cet épisode mal connu du public, Simon Giuseppi a puisé dans les archives de précieux renseignements sur cet internement.
L'auteur a exploité deux sources iconographiques exceptionnelles : il a retrouvé en Autriche un classeur de dessins du détenu Julius Hammer, qui, pendant sa détention, avait décoré deux cellules du couvent. Ces dessins nous renseignent sur tous les aspects de la vie du camp : hygiène, corvée d'eau, nourriture, potager, loisirs, musique et chants, soins dentaires, tout est passé en revue... avec humour, malgré une situation difficile! La vision de Jules Hammer est corroborée par de remarquables clichés inédits, réalisés par un "opérateur-photographe" de l'armée française en mission en Corse, Isidore Aubert."


Ouvrage publié avec le concours de la Collectivité Territoriale de Corse et de la municipalité de Corbara.
Dessins de Julius Hammer, photographies d'Isidore Aubert.
Editions Alain Piazzola

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement" de Francis Beretti

Il y a quelques jours Francis Beretti était reçu à la bibliothèque Tomaso Prelà, par Christian Peri (conservateur des bibliothèques) et Linda Piazza (bibliothécaire) pour présenter son tout dernier ouvrage, édité en janvier 2015 et consacré au double exil de Pascal Paoli en Angleterre.

 

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement"
Francis Beretti est agrégé d'Anglais et Professeur Emérite de l'Université de Corse. Il a publié près d'une centaine d'articles historiques couvrant les XVIIIème, XIXème  et XXème siècles ainsi que des livres dans le domaine de l'étude du XVIIIème siècle et des voyageurs britanniques en Corse. Il a publié "Pascal Paoli et l'image de la Corse au XVIIIème siècle - Le témoignage des voyageurs". Il est aussi l'auteur d'une biographie de Giovan Francesco Galeazzi, qui fut un proche de Pascal Paoli "Un notable dans la tourmente de la Révolution (1757-1829)."
Francis Beretti est devenu historien pour son plaisir, depuis les années 1970. Sa passion pour James Boswell a été déterminante dans sa quête de documents historiques.
Son dernier ouvrage "Pascal Paoli en Angleterre, Trente-trois années d'exil et d'engagement" (éditions Alain Piazzola - Università di Corsica) a nécessité un travail de plusieurs années de recherches et de rédaction.

Double questionnement 
Le lecteur de ce livre est d'abord intrigué par les deux noms d'auteurs inscrits sur la couverture, Francis Beretti et Frances Vivian.  Frances Vivian était une historienne anglaise qui était l'auteure d'un article de 1949 consacré à Pascal Paoli en Angleterre. Cet article est excessivement bien écrit, très fin, très approfondi et aussi très accessible. Francis Beretti n'a jamais rencontré physiquement la co-auteure de cet ouvrage. Il l'a connue par l'intermédiaire d'une amie, et les deux historiens ont échangé une longue et fructueuse correspondance, jusqu'au décès de Frances Vivian survenu en 2001. Frances Vivian, grande érudite, avait effectué un énorme travail, consacré à Pascal Paoli et a laissé à sa mort un manuscrit très fourni dont les références s'arrêtent en 1986. Elle était l'auteure d'un ouvrage consacré au Consul Joseph Smith (1682-1770), collectionneur de tableaux provenant d'Italie et aussi un ouvrage sur Frédéric Prince de Galles (1707-1751) lui aussi grand collectionneur de tableaux. Frances Vivian était férue d'art et de littérature. Elle s'est également intéressée à la vie de Pascal Paoli et à son exil en Angleterre car elle connaissait la Corse où elle est venue en 1943. Elle était aussi passionnée par l'Italie, la peinture, la musique... L'éditeur a souhaité inscrire son nom sur la couverture de l'ouvrage, en tant que co-auteur, par prudence vis à vis de ses héritiers et aussi pour lui rendre hommage car elle avait effectué un gros travail.
Le second questionnement concerne le tableau de Benbridge qui illustre la couverture du livre. Pascal Paoli, sur le champ de bataille, est censé recevoir d'un messager l'information de la défaite de Ponte Novu. Mais cette toile est bien énigmatique. Il s'agit d'un tableau très intéressant, presque de propagande sur lequel Pascal Paoli est représenté comme un chef d'Etat et non comme un chef de guerre. Henry Benbridge était un peintre américain missionné par James Boswell  pour faire deux tableaux de Pascal Paoli. Celui-ci, visible à Morosaglia, et un portrait en pied du Général Corse.

Les exils du général Pascal Paoli

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement"
Après la défaite de Ponte Novu, Pascal Paoli quitte la Corse par Porto-Vecchio et s'embarque pour Livourne sur un navire anglais. D'après Frances Vivian ce départ n'était pas programmé. Le capitaine du bateau ne fait pas partie de la Navy, c'est un civil. Pascal Paoli ne sait pas encore où il va se rendre, ce n'est qu'à La Haye qu'il va prendre contact avec l'ambassadeur de Grande Bretagne.
Pourquoi est-il parti à Livourne? Deux éléments semblent favorables à ce choix. Le premier est qu'il y a une importante communauté corse à Livourne composée de groupes de personnes fidèles et actives (Rivarola). Il s'y trouve aussi des anglais, surtout des négociants favorables à Pascal Paoli et très défavorables à Choiseul! Le Consul de Grande-Bretagne à Livourne est par exemple très favorable à Pascal Paoli. Cela était du en grande partie à la visite en Corse de James Boswell  qui avait écrit une sorte de "best-seller" de l'époque : "Le journal d'un tour de Corse, et mémoires de Pascal Paoli", qui a amplifié la lutte de Pascal Paoli qui représente deux idées fortes : la liberté et la patrie. Boswell est très enthousiaste.
Pascal Paoli est acclamé par la foule lorsqu'il arrive à Livourne. Il passe en Toscane et essaie de voir Frédéric afin d'obtenir une aide.  Lorsqu'il arrive en Angleterre, la situation est très complexe. Le roi George III ressent de la gêne vis à vis de Pascal Paoli car celui-ci est un rebelle. Les partisans de la lutte de Pascal Paoli l'ont aidé grâce à une collecte de fonds qui lui ont servi ainsi qu'aux réfugiés corses.


A la même époque en Angleterre, il y a aussi un problème de politique extérieure, on assiste au début de la grogne des colons d'Amérique qui va déboucher sur l'Indépendance.
Pascal Paoli est accueilli par James Boswell et Andrew Burnaby, Consul à Livourne, qui avait effectué un voyage en Corse. James Boswell aidera Pascal Paoli de 1769 jusqu'à la fin. C'est grâce à lui qu'il a eu un buste et une plaque d'ans l'abbaye de Westimster. Pascal Paoli sera témoin, par la signature, au mariage de Boswell en 1769, et il se rendra effectivement en Ecosse en 1771.
Pendant son exil des lettres et correspondances attestent qu'il s'informe de la situation en Corse. Il correspond avec des gens importants. Ainsi, il reçoit une lettre de Catherine II qui lui demande de venir en Russie en 1770 et lui offre un poste important. A Londres, il est reçu par de grands aristocrates qui connaissent un longue tradition de voyages. Ces anglais fortunés et instruits aimaient se rendre en Italie pour de longs mois. L'Italie était une "terre promise" pour l'art, la peinture, la sculpture, la musique, la littérature... Ce sont des connaisseurs d'art, appartenant à des cercles lettrés de Londres, qui rapportent chez eux des chefs d'oeuvres italiens. Ceci créé un lien naturel. L'Italie se trouve transportée à Londres. Les aristocrates londoniens baignent dans cette atmosphère. De ce fait Pascal Paoli va lui aussi fréquenter des artistes, compositeurs, hommes de lettres très connus. Il se trouve introduit dans les cercles les plus distingués. Il fréquente par exemple Samuel Janson qui est un auteur de dictionnaire très célèbre. Pascal Paoli s'intéresse aussi beaucoup à la littérature et à la philosophie et en débat très régulièrement.
Dans ses premières lettres, Pascal Paoli se montre très enthousiaste de l'Angleterre qu'il apprécie pour ses paysages, ses moeurs, le caractère de la population (les anglais étant des gens apaisés) et aussi pour le système constitutionnel de la Grande Bretagne, qui est une démocratie à l'écoute des citoyens.


Pourquoi Pascal Paoli ne s'est-il pas engagé en faveur des rebelles américains? Par fidélité certainement pour la Grande Bretagne qui l'avait reçu et aussi sans doute parce qu'il nourrissait l'espoir que les britanniques allaient changer d'orientation politique vis à vis de Louis XV
1790 voit la fin du premier long exil de Pascal Paoli.
Il repart en Corse à cette date, mais quitte à regret Londres où il avait connu le confort, l'amitié, la reconnaissance...
Il vit en Corse l'épisode de la Révolution. Il connait les amitiés des Bonaparte et de Saliceti qui se délitent en 1793.
Avec le royaume anglo-corse (1794-1796) Pascal Paoli est évincé de la scène politique. On assiste à la montée en puissance de Charles-André Pozzo di Borgo, homme intelligent et très fin qui s'attire les bonnes grâces du vice-roi Elliot.


1795 marque la fin du pouvoir politique de Pascal Paoli. Il connait un nouvel exil. Il est rappelé par le roi George III qui lui concède une pension. Pascal Paoli de retour à Londres veut maintenir son "décoro" et veut être traité avec la dignité qui convient à sa situation. C'est un homme vieillissant, qui n'est plus un chef de guerre, mais un intellectuel et un homme de cour... Il meurt en 1807. Son buste est sculpté par John Flaxman, qui a réalisé un monument de l'amiral Nelson. Une plaque commémorative est apposée dans une nef de l'église qui se trouve au coeur de l'histoire britannique, Westminster. Et cet honneur au vieux général corse mort en exil est loin d'être insignifiant.

Quatrième de couverture

La période d'activité politique de Pascal Paoli concernant son gouvernement de la Corse face à la domination génoise (1755-1769) est bien étudiée et documentée, par les historiens et biographes du chef corse, ainsi que le rôle qu'il a joué pendant la période révolutionnaire, et sous le régime du royaume anglo-corse (1790-1795).
En revanche, les deux séjours que Paoli a effectués en Angleterre, de 1769 à 1790, et de 1795 jusqu'à sa mort survenue en 1807, sont longtemps restés dans l'ombre. On en comprend aisément la raison : à ces moments-là, Paoli n'est plus en position de peser sur les événements, et les Etats pour qui la Corse pourrait représenter un enjeu ne s'intéressent pas au général en exil.
On se propose dans le présent ouvrage de mieux éclairer la "période anglaise" de Paoli en s'appuyant sur sa correspondance, toujours en cours de publication, sur la monumentale édition des "papiers" de James Boswell dirigée par l'Université de Yale, et sur un manuscrit
dactylographié inédit d'une historienne anglaise, Mrs Frances Vivian.
On voit que Pascal Paoli était reçu parmi l'élite de la nation anglaise, dans un pays où le roi George III et certains cercles littéraires et aristocratiques lui prodiguèrent un accueil respectueux et généreux; dans un pays où, en définitive, il passa près de la moitié de sa vie.