17/04/2015

Remise du Prix Ulysse du premier roman à Georgia Makhlouf

 

Vendredi en fin d'après-midi, dans la salle des congrès du théâtre, Michèle Chailley-Pompei et Martine Cometto recevaient Georgia Makhlouf venue présenter son roman "Les absents" pour lequel elle est lauréate du Prix Ulysse décerné dans le cadre du festival Arte Mare. La comédienne Marie-Joséphine Susini (Zouzou) a lu pour le plus grand plaisir du public, des extraits de ce très beau livre.

 

Bastia : Remise du Prix Ulysse du premier roman à Georgia Makhlouf
Martine Cometto a précisé que la compétition avait été féroce car les livres pré-sélectionnés étaient tous de très grande qualité. Ce roman "Les absents" a été récompensé et pour son fond et pour sa forme qui est très originale et inhabituelle. La narratrice retrouve des carnets d'adresses et à partir de là lui  reviennent en mémoire des souvenirs, des histoires, des galeries de portraits. Une partie du livre concerne le Liban et l'autre partie est consacrée à Paris.
Georgia Makhlouf a tenu à dire que ce livre est vraiment un roman et pas une autobiographie. C'est réellement un travail de fiction qui est inspiré d'un matériau autobiographique. Beaucoup de gens peuvent se reconnaître au travers des pages car tout est vrai. Pour résumer, on pourrait dire que ce livre est "l'autobiographie d'une génération". Génération très particulière car elle est celle des gens qui étaient adolescents pendant la guerre du Liban. Ce qui fait que nombreux sont ceux qui se retrouvent dans ce livre.
Michèle Chailley-Pompei constate qu'au début du roman on voit apparaître une société libanaise qui semble assez frivole et bourgeoise. Ce à quoi, Georgia Makhlouf répond, qu'il s'agissait en fait d'une société qui n'était pas préparée à être entraînée dans une spirale de violence. Lorsque la guerre civile s'est abattue brutalement sur le Liban, tout le monde a été dépassé. Les familles libanaises connaissaient une certaine douceur de vivre et la prospérité jusqu'en 1975.
Dans ce roman on retrouve des drames, mais aussi des situations où l'humour est présent, surtout d'ailleurs dans la partie consacrée à Paris. Le lecteur est aussi confronté à l'exil. La narratrice se retrouve même exilée dans son propre pays, le Liban, après la mort de la petite bonne de la famille (Saydé), et est après exilée de fait à Paris où pourtant elle pensait que l'intégration serait aisée tant elle était proche de la culture française, maitrisant d'ailleurs un français parfait qu'elle parle sans le moindre accent.  Au Liban, elle subit la guerre civile et à Paris elle est confrontée à une guerre administrative.
Un livre fort, mené par une narratrice très nostalgique. Un roman que les différentes intervenantes de vendredi ont su faire apprécier au public. Un livre qui a été très bien présenté par son auteure. Un beau texte à découvrir c'est certain et un roman qui mérite bien d'être distingué.


"Les absents", quatrième de couverture
"Entre Beyrouth et Paris, la narratrice nous livre le récit d'une vie commencée sous les auspices d'une enfance heureuse, avant d'être brutalement brisée par la guerre et l'exil. Elle le fait à travers les portraits de ceux qu'elle nomme "Les absents", personnages qui ont croisé son parcours à différents moments et ont disparu. Leurs noms ont figuré un temps dans un carnet d'adresses , puis ont été biffés ou effacés au gré des circonstances, des brouilles, des disputes, des changements d'itinéraire, des décès.
On s'aperçoit au fil des pages que ces portraits entretissés, toujours vivaces et précis, dessinent au négatif l'image volatile de celle qui les brosse, hantée par une absence à soi qui se nourrit des vertiges de la mémoire.
Car loin de toute confession anecdotique, c'est bien du lien ténu entre les êtres, à la fois incarné et immatériel, dont nous parle ce roman qui défie les lois admises de l'autobiographie."
Editions Payot & Rivages

Un extrait lu par Marie-Joséphine Susini

Bastia : Remise du Prix Ulysse du premier roman à Georgia Makhlouf
SAYDE : "D'elle, je ne peux pas parler. Les années ont passé mais le silence, le noeud à l'estomac, la voix qui s'étrangle, tout cela qui est la trace en moi de sa disparition est resté intact et les mots pour l'évoquer ne sont jamais revenus. Son absence a laissé de grands trous noirs dans mes souvenirs, puis le temps a passé, une couche de poussière s'est formée, s'est épaissie dans les coins, a estompé les reliefs et remplacé la douleur par une forme d'insensibilité à certains stimuli, comme lorsqu'un membre est durablement anesthésié. Une zone de ma mémoire dont le contour reste flou est frappée d'amnésie, amnésie que je sais fragile et vers laquelle je ne cherche que rarement à m'aventurer.
D'elle, je ne peux pas parler mais il m'arrive encore de me réveiller en sursaut la nuit parce que je la vois à côté de moi. (...)
D'elle, je ne sais pas parler. Son départ a laissé dans mes murs criblés la trace d'éclats de balles, et ces murs, témoins muets d'un drame sur lequel je n'ai jamais mis de mots, sont en ruine pour toujours..."

Georgia Makhlouf en bref

eorgia Makhlouf  est l'auteur de plusieurs ouvrages : "Les hommes debout, dialogue avec les Phéniciens", "Eclats de mémoire, Beyrouth", "Les grandes religions", "Les écouter écrire", "Le goût de l'Orient".
Elle a également écrit des poèmes et des textes pour la jeunesse.
"Les absents" qui est son premier roman a été couronné par le Prix Senghor, le 24 octobre 2014, lors du Salon de la Plume Noire, et maintenant par le Prix Ulysse dans le cadre du Festival Arte Mare.
Correspondante à Paris de l'Orient Littéraire, Georgia Makhlouf a également rédigé des chroniques pour le Magazine Littéraire. Elle est membre fondateur et présidente de Kitabat, association libanaise pour le développement des ateliers d'écriture.
Elle partage sa vie entre Paris et Beyrouth

Patrick Deville récompensé pour son oeuvre

Samedi soir, un peu avant le gala de clôture du Festival Arte Mare, Patrick Deville se voyait remettre dans la salle des congrès du théâtre, le Prix Ulysse pour l'ensemble de son oeuvre. Sur scène, Patrick Deville était accompagné de François-Michel Durazzo qui menait les débats et de la comédienne Marie-Joséphine Susini (Zouzou) qui a lu plusieurs extraits de "Viva" dernier roman de l'auteur.

 

Bastia : Patrick Deville récompensé pour son œuvre

Viva" est le cinquième livre de la série "Sic Transit Gloria Mundi" (Ainsi passe la gloire du monde) qui en comptera dix. Sont donc déjà parus à ce jour, aux éditions du Seuil dans la collection Fictions & Cie : "Pura Vida, Vie et mort de William Walker", "Equatoria", "Kampuchéa", "Peste et choléra" et "Viva".

François-Michel Durazzo, dans son introduction, faisait remarquer que ce Prix Ulysse était très judicieusement décerné à Patrick Deville qui est un écrivain voyageur à l'oeuvre foisonnante. Ce dernier livre "Viva" conduit le lecteur au Mexique, pays dans lequel s'est rendu Patrick Deville qui marche toujours sur la trace des personnages de ses livres, ici plus particulièrement Trotsky et Malcolm Lowry. Mais l'auteur est aussi allé en Orient, en Afrique, en Amérique Latine à maintes occasions...
Patrick Deville s'est lancé dans la rédaction d'une longue série de livres depuis dix ans. Il définit lui même ses oeuvres comme étant des romans d'aventures sans fiction. Ce sont des romans au point de vue de l'écriture et de la langue. Ces livres ont la particularité de tous débuter en 1860 et de se terminer de nos jours. C'est une sorte de forage littéraire sur un siècle et demi, avec des personnages qui reviennent de livre en livre parfois. On y retrouve beaucoup d'écrivains, de peintres, de scientifiques mais aussi des anonymes. Ces livres interrogent sur l'idée d'utopie, de progrès. Il n'est pas obligatoire de les lire dans leur ordre de parution, car ils sont indépendants les uns des autres.
Patrick Deville travaille à plusieurs de ses livres simultanément.
En ce qui concerne "Viva", les deux personnages principaux sont Trotsky et Malcolm Lowry. D'un côté donc un homme ayant rempli un rôle capital dans la politique, très engagé dans l'histoire son pays, et d'autre part un écrivain, admirateur de Trotsky, qui aurait bien aimé jouer un rôle de premier plan en s'engageant par exemple au côté des républicains pendant la guerre d'Espagne, mais qui ne l'a pas fait car il a été occupé pendant des années à écrire son chef d'oeuvre, lu et apprécié dans le monde entier "Au-dessous du volcan".
Trotsky est quant à lui devenu un personnage mythique à cause de son assassinat le 21 août 1940, à Mexico, d'un coup de piolet à l'arrière du crâne. Sa maison-musée du quartier de Coyoacàn restera inchangée après sa mort témoignant de l'existence de cet homme politique et révolutionnaire en exil.
Ces livres de Patrick Deville tendent à démontrer qu'au delà des échecs, des batailles, des morts, ce qui subsiste c'est l'œuvre!

Quatrième de couverture 
"En brefs chapitres qui fourmillent d'anecdotes, de faits historiques et de rencontres ou de coïncidences, Patrick Deville peint la fresque de l'extraordinaire bouillonnement révolutionnaire dont le Mexique et quelques-unes de ses villes (la capitale, mais aussi Tampico et Cuernavaca) seront le chaudron dans les années 1930.
Les deux figures majeures du roman sont Trotsky, qui poursuit là-bas sa longue fuite et y organise la riposte au procès de Moscou tout en fondant la IVe Internationale, et Malcolm Lowry, qui ébranle l'univers littéraire avec son vertigineux "Au-dessous du volcan". Le second admire le premier; une révolution politique et mondiale, ça impressionne. Mais Trotsky est lui aussi un grand écrivain, qui aurait pu transformer le monde des lettres si une mission plus vaste ne l'avait pas requis.
On croise Frida Kahlo, Diego Rivera, Tina Modotti, l'énigmatique B. Traven aux innombrables identités, ou encore André Breton et Antonin Artaud en quête des Tarahumaras. Une sorte de formidable danse macabre où le génie conduit chacun à son tombeau. C'est tellement mieux que de renoncer à ses rêves."

Deux extraits lu par Marie-Joséphine Susini :
TROTSKY , "De Tampico à Mexico"
"Au bas de l'échelle de coupée du Ruth, pétrolier norvégien sur lest, on remet au proscrit Trotsky le petit pistolet automatique confisqué à l'embarquement trois semaines plus tôt. Celui qui a commandé l'une des armées les plus considérables du monde glisse dans une poche tout ce qui reste de sa puissance de feu. C'est un homme d'âge mur, cinquante-sept ans, les cheveux blancs en bataille, à son côté sa femme aux cheveux gris, Natalia Ivanovna Sedova. Ils sont pâles, éblouis par le soleil après la pénombre de la cabine. On voit sur une photographie Trotsky se coiffer d'une casquette de golf blanche et peu martiale. Sur le quai, les accueillent un général en grand uniforme et quelques soldats, une jeune femme aux cheveux noirs tressés montés en chignon. On les accompagne vers la gare de Tampico."

LOWRY, "L'ennemi de la classe débarque à Acapulco"
"Et pour lui les choses ne vont pas très fort non plus côté couple. Il vient de quitter Hollywood où il a cherché en vain un petit contrat de scénariste. Jan et Lowry débarquent du paquebot Pensylvania au milieu d'un grand nuage de papillons jaunes qui tourbillonne sur les eaux bleues du Pacifique. Ils entrent en baie d'Acapulco le premier novembre, el Dia de Todos los Santos, ou peut-être le deux, el Dia de los Difuntos, traversent le port parmi les cérémonies funèbres et les musiques joyeuses, les pétards, les tambours et les fumigènes rouges et verts et blancs. Les deux gringos dont les bagages sont constellés d'étiquettes se dirigent vers l'hôtel Miramar. Les hauts talons des escarpins rouges se tordent aux ornières. Jan, dont il fera Yvonne dans le Volcan, est de "ces femmes d'Amérique à l'agilité gracieuse dans l'allure, au visage clair et radieux d'enfant sous leur hâle, au grain fin de la peau luisant d'une lumière satinée."
Lowry a vingt-sept ans, un physique de boxeur, les doigts trop courts pour atteindre l'octave au piano comme à l'ukulélé. Il vient de subir sa première cure de désintoxication alcoolique."


A noter que la comédienne Marie-Joséphine Susini (Zouzou) donnera la représentation de son spectacle "Gelsomina" le samedi 13 décembre 2014 à 22 heures au Tavagna Club de Talasani.

15/04/2015

"Cosa ci sarà sta sera o teatru?", le dernier livre de Georges de Zerbi

Lorsque le nom de Georges de Zerbi est prononcé, les visages s'éclairent tant ce bastiais bénéficie d'une bonne notoriété et est impliqué dans la vie socio-politico-culturelle de la cité. Professeur d'Italien, Français, Latin et Corse au collège du Vieux Lycée, de 1978 à 2007 il a été unanimement apprécié pour son enseignement et ses valeurs humaines par plusieurs générations d'élèves. Après des études supérieures d'Italien à Paris Sorbonne puis à Nice, Georges de Zerbi avait été nommé professeur à Aix en Provence, de 1974 à 1978, avant de réintégrer définitivement Bastia. Il nous parle de son dernier livre "Cosa ci sarà sta sera o teatru?"

 

Bastia : "Cosa ci sarà sta sera o teatru?", le dernier livre de Georges de Zerbi
- Depuis quand écrivez-vous?
- J'ai commencé la rédaction de mon premier roman en 1989 mais mes charges de professeur m'ont empêché de mener à bien mon projet. C'est à la retraite, en 2007, que je reprends l'écriture de ce livre et le termine. "L'ùltima Pàgina" sera publié en 2009 (ed. Albiana/CCU). Mon second roman "U rimitu di collu à Boziu" est publié en 2011 (ed. Albiana/CCU).Mon troisième, et dernier, ouvrage "Cosa ci sarà sta sera o teatru?" a été publié en décembre 2013 (ed. Colonna d'Istria). 


- Quels sont les sujets de vos livres?

- "L'ùltima pàgina" (La dernière page) retrace l'histoire d'un Corse de Marseille dans son village natal dans les environs de Bastia qui découvre une réalité différente de celle qu'il imaginait lorsqu'il était sur le continent.

L'action de "U rimitu di Collu à Boziu" (L'ermite de Collu à Boziu) est située à Sermanu. Il s'agit d'un roman ou réalité et fantastique sont étroitement mêlés. Un étudiant de Sermanu doit passer son doctorat à la Faculté des Lettres de Corte. Délaissant les moyens traditionnels de la recherche, il va entrer en contact avec un ermite mort 200 ans auparavant qui l'instruira sur l'histoire du Boziu.

"Cosa ci sarà sta sera o teatru?" (Qu'y-a-t-il ce soir au théâtre?) ouvre la voie au premier quiproquo du roman. Si le mari se demande ce qu'il peut bien se passer au théâtre ce soir-là au vu de l'agitation bruyante et fébrile qui règne devant la bâtisse, la femme propose la lecture du programme donné dans le journal. L'histoire sera une suite ininterrompue de méprises, jeux de mots, situations comiques que souligne l'utilisation du dialecte de Bastia mis dans la bouche de personnages truculents tels qu'il en existe encore - et en grand nombre - à Bastia, adeptes de la "magagna" et de la dérision bon enfant.

 

- Où l'action de votre dernier roman se déroule-t-elle, et à quelle époque?

- Située de nos jours à Bastia, dans un périmètre limité par la gare et la préfecture au nord et la place du théâtre au sud, l'action met en scène tout ce que l'ancienne capitale génoise compte d'hommes - et de femmes - d'esprit qui tiennent leur faconde et leur verve de la culture multiséculaire fondée sur une forme bien attestée d'humour. 

- Pourquoi avoir choisi d'écrire en Corse? N'est-ce-pas un peu trop confidentiel? Ne prenez-vous pas le risque de frustrer un lectorat qui ne lit que le Français?

- J'ai choisi d'écrire en Corse car c'est un acte militant de défense et illustration de la langue corse et je pense que mon apport est plus utile à la langue corse qu'au Français. Certes, de ce fait, je me donne moins de chances d'être lu mais ni la notoriété à tout crin ni l'écriture comme revenu financier, si tant est que j'y serais parvenu, ne sont le ressort qui me faon avancer.

 

Vos livres vont-ils être traduits en Français? Sont-ils édités à l'étranger?

 - Il n'existe pour l'instant aucun projet de traduction de mes ouvrages en Français. Après son édition, en 2009, mon roman "L'ùltima pàgina" a été aussitôt traduit en Sarde (ed. Condaghes) et en Catalan (ed. Fonoll), et j'en suis très fier! Je dois cela à ma collaboration avec le C.C.U. (Centre Culturel Universitaire) et à Ghjacumu Thiers que je remercie ici pour m'avoir encouragé à éditer mon premier roman.

 
- Avez-vous obtenu des récompenses pour vos romans?
"L'ùltima pàgina" a obtenu le "Prix des lecteurs" de la C.T.C. ainsi que le "Prix du Livre Corse" en 2011.

 

 - Quels sont vos projets?

 - Mes projets immédiats tournent autour de la présentation de mon roman "Cosa ci sarà sta sera o teatru?". Je compte aussi sur les médias (aujourd'hui Corse Net Infos) et les libraires pour faire connaître mes ouvrages. En ce qui concerne mes projets littéraires, j'aimerai traiter dans un roman à venir d'un aspect de l'immigration toscane en Corse.

 

- Avez-vous d'autres livres en cours de rédaction?

 - J'ai un roman historique déjà prêt dont l'histoire se déroule au palais des gouverneurs génois de Bastia : une fiction construite autour de textes historiques d'un grand intérêt.D'autre part, j'écris la suite du roman "Cosa ci sarà sta sera o teatru?".

 

- Vous êtes musicien et pratiquez avec talent l'art lyrique. Envisagez-vous d'écrire un jour un livre sur la musique?

 - Oui effectivement j'ai étudié la musique, obtenant le deuxième prix de conservatoire en chant classique à Nice, un premier prix à Aix en Provence et une médaille d'or à Bastia. J'ai longtemps pensé à centrer un roman autour de la musique. Quelque chose comme "Le fantôme de l'Opéra", de Bastia, bien sûr!

 

- Quels sont vos auteurs de prédilection, français, corses ou étrangers?

 - Mes auteurs de prédilection sont les poètes français de toutes les époques, Dante, Manzoni et Camilleri en Italie et le poète corse Anton Francescu Filippini et Sebastianu Dalzeto pour « Pesciu anguilla ». Mais des pans entiers de littérature corse moderne présentent un intérêt indéniable. Je ne citerai aucun nom parmi les auteurs vivants craignant d’en oublier et de froisser inutilement nos talents littéraires.

 

- Le mois de janvier vient de se terminer... Que peut-on vous souhaiter pour cette année 2014?

- J'espère avoir l'opportunité d'animer des salons littéraires autour de mes romans et faire des séances de signature.

 Et en guise de vœux j’aimerai que l’on me dise que je n’écris pas seulement pour mon plaisir personnel mais pour la satisfaction de quelques-uns.
Odile AURACARIA


Un extrait de "Cosa ci sarà sta sera o teatru?

Bastia : "Cosa ci sarà sta sera o teatru?", le dernier livre de Georges de Zerbi

(l’amichi attàccanu a partita à carte sottu l’ochju prutettore di Luì, u patrone d’u bar. Hanu parlatu di a caccia à l’àcule marine ingiardinata da a Prefettura duve travaglia Antò)

………….

  • O Antò, cun quale ghjochi ? interrugò Luì
  • S’eo mi stava à sente ùn ghjucherìa cun nisunu chì site una massa di ciarlattani.
  • Antò hà a ragiò, ripigliò Luì per circà d’appacià l’affari è difende u so cummerciu. Sè tù e lasci fà, l’àcule marine finìscenu per fatti cum’è ind’è “L’acelli” d’Hitchcock, ti sbòndanu e case è èntrenu à pizzicatti i pedi quand’è tù dormi.
  • O allora, aghjunse Sgiacchì pigliatu da u ghjocu, si mèttenu in parechje, ti pìglianu per i capelli è ti còllanu in Tighjime è cume fai dopu à falà?
  • A credi? dumandò sbiguttitu Antò.
  • È bò! Attaccò Sgiosè. Eo e vecu nant’i tetti. I tittai sò obligati à ligassi osinnò si li pìglianu è vanu à annigalli in altu mà.
  • Dumane a dicu à u Prefettu! Annunziò Antò.
  • Nò, nò, disse Sgiacchì, chì dopu sò capaci à impone u coprifocu à sei ore di sera è partite ùn si ne face più. Tù ùn li di nunda !

(Les amis commencent la partie de cartes sous le regard protecteur de Louis, le patron de bar. Ils ont parlé de la chasse donnée aux goélands menée par la préfecture où travaille Antoine)

  • Antoine, avec qui joues-tu ? demanda Louis
  • Si je m’écoutais je ne jouerais avec personne vu que vous êtes une bande de rigolos.
  • Antoine a raison, reprit Louis pour tenter de calmer les choses et de défendre son commerce. Si tu les laisses faire, les goélands en arrivent à faire comme dans « Les oiseaux » d’Hitchcock, ils te défoncent les maisons et entrent te piquer aux pieds lorsque tu dors.
  • Ou bien, ajouta Jacky piqué au jeu, ils se groupent, te prennent par les cheveux et te montent à Tighjime et après comment tu fais pour redescendre ?
  • Tu crois ? demanda décomposé Antoine.
  • Je comprends ! commença Joseph. Moi je les vois sur les toits. Les couvreurs sont obligés de s’attacher sinon ils les emportent pour les noyer en haute mer.
  • Demain, je le dis au Préfet. Annonça Antoine.
  • Non, non, dit Jacky, car ils seraient fichus d’imposer le couvre-feu à six heures du soir et c’en serait fini de nos parties de cartes. Surtout, ne dis rien !)