17/04/2015

Olivier Rolin invité par la librairie "Les deux mondes"

 

Samedi après-midi, en présence de Pierre Négrel, libraire, Olivier Rolin rencontrait ses lecteurs pour présenter son dernier livre "Le météorologue" mi-roman mi-biographie, racontant le destin tragique d'Alexei Feodossévitch Vangengheim, directeur du service hydro-météorologique de l'URSS arrêté le 8 janvier 1934 par la police politique soviétique, sans doute après la dénonciation d'un de ses adjoints, et accusé parce qu'il aurait "saboté" le service dont il était le responsable.

 

Olivier Rolin invité par la librairie "Les deux mondes"
Il sera condamné à dix ans de travaux forcés et interné dans un ancien monastère orthodoxe devenu le premier camp du goulag dans l'archipel des Solovki dans la mer Blanche, tout près du cercle polaire. En 1934, il y avait encore une vie intellectuelle à Solovki, et notamment une bibliothèque, mais le temps passant les interdits se multiplient et les conditions d'internement vont progressivement se détériorer. En 1937, commence l'époque de la "grande terreur" organisée par le régime stalinien qui définit un quota de gens à éliminer, région par région. Il y aura des millions de déportés, dont des femmes, et 750 000 exécutés en 16 mois. Alexei Feodossévitch Vangengheim  sera l'une des victimes du régime, il meurt dans une forêt de Carélie, en novembre 1937. Ces exécutions étaient tenues secrètes ainsi que les lieux où elles étaient perpétrées, la femme d'Alexei Feodossévitch Vangengheim n'apprendra officiellement sa mort que 19 ans après son exécution. Il sera alors réhabilité.

"Le météorologue", quatrième de couverture

"Son domaine c'était les nuages. Sur toute l'étendue immense de l'URSS, les avions avaient besoin de ses prévisions pour atterrir, les navires pour se frayer un chemin à travers les glaces, les tracteurs pour labourer les terres noires. Dans la conquête de l'espace commençante, ses instruments sondaient la stratosphère, il rêvait de domestiquer l'énergie des vents et du soleil, il croyait "construire le socialisme", jusqu'au jour de 1934 où il fut arrêté comme "saboteur". A partir de cette date sa vie, celle d'une victime parmi des millions d'autres de la terreur stalinienne, fut une descente aux enfers.
Pendant ses années de camp, et jusqu'à la veille de sa mort atroce, il envoyait à sa toute jeune fille, Eléonora, des dessins, des herbiers, des devinettes. C'est la découverte de cette correspondance adressée à une enfant qu'il ne reverrait pas qui m'a décidé à enquêter sur le destin d'Alexei Feodossévitch Vangengheim, le météorologue. Mais aussi la conviction que ces histoires d'un autre temps, d'un autre pays, ne sont pas lointains comme on pourrait le penser : le triomphe mondial du capitalisme ne s'expliquerait pas sans la fin terrible de l'espérance révolutionnaire." Olivier Rolin - Le Météorologue - Editions du Seuil, collection Fictions et Cie, paru le 11 septembre 2014.

A propos de son livre "Le météorologue", Olivier Rolin déclare ne pas être un admirateur de l'Union Soviétique. Toutefois, il est fasciné depuis son enfance par l'immensité du pays (1/6e de la taille du globe), par le Transibérien, la littérature russe, la langue. A cause de son attirance historique et géographique pour ce pays il s'y rend souvent. C'est au cours d'un passage à Solovki qu'il a entendu parler pour la première fois d'Alexei Feodossévitch Vangengheim, qui pendant son internement au goulag avait envoyé une importante correspondance à sa fille âgée de 4 ans, des dessins, un herbier...
Tout naturellement l'auteur s'est intéressé au destin de cet homme, communiste convaincu, qui dans sa profession était un précurseur qui imaginait la mondialisation de la météorologie et était détenteur d'idées utopiques souvent très belles. De là Olivier Rolin a envisagé l'écriture de ce livre sur le pays de la grande espérance révolutionnaire, avec l'engrenage des purges staliniennes au cours de la fin des années 1930, au travers de cet homme à la destinée hors du commun. Alexei Feodossévitch Vangengheim n'était pas un homme extraordinaire, mais il n'a jamais compris pourquoi il avait été arrêté, condamné et envoyé au goulag. Il a adressé quantité de courriers protestant de son innocence, a réalisé des mosaïques à la gloire de Staline et jusqu'à ses derniers jours a gardé une foi presque religieuse dans le régime.
Olivier Rolin s'est plié à des recherches méticuleuses et rigoureuses. Il cite un ouvrage où il a puisé des renseignements de tout premier ordre "L'ivrogne et la marchande de fleurs - Autopsie d'un meurtre de masse (1937 - 1938)" de Nicolas Werth.
"Le météorologue" mêle l'horreur et la noirceur avec la description du régime stalinien et de ses purges, mais aussi de la fraîcheur et de la poésie avec les correspondances adressées à une toute petite fille. Avec d'un côté une inscription que l'on peut lire sur un charnier de Carélie où ont eu lieu les exécutions : "Hommes ne vous tuez pas les uns les autres!" et de l'autre côté, un herbier, des dessins et des jeux pour apprendre à compter destinés à Eléonora.
Un livre très fort et émouvant, et aussi un témoignage historique d'importance, qu'Olivier Rolin nous a donné envie de découvrir.

Olivier Rolin en quelques lignes

Olivier Rolin est écrivain depuis les années 1980. Il est l'auteur de romans, de récits géographiques et d'essais. Il est diplômé de l'Ecole Normale Supérieure en Lettres et en Philosophie. Il a collaboré pendant un temps, en qualité de journaliste, à "Libération" et au "Nouvel Observateur".
Il a obtenu le prix Femina pour "Port-Soudan" en 1994 et le prix France Culture pour "Tigre en papier" en 2003. Il a signé une dizaine de romans parmi lesquels on peut citer : "Phénomène futur", "L'invention du monde", "Méroé", "Suite à l'hôtel Chrystal", "Un chasseur de lion"..., et le dernier en date "Le météorologue".