15/04/2015

"Un Stuart dans la Nation Corse"

Desideriu Ramelet-Stuart était reçu à la Bibliothèque Patrimoniale "Tommaso Prelà", sur l'invitation de Christian Peri, Conservateur des Bibliothèques et Linda Piazza, Bibliothécaire.

 

Bibliothèque Tommaso Prelà de Bastia : "Un Stuart dans la Nation Corse"
Après son enquête historique "L'origine dévoilée", éditée en 2010, Desideriu Ramelet-Stuart présentait son  second ouvrage "Un Stuart dans la Nation Corse", paru en décembre 2013 aux Editions Stuart of Corsica et consacré à l'historique de l'implantation de sa famille sur l'île. La conférence très pointue était accompagnée d'un diaporama.
Historien et conférencier, Desideriu Ramelet-Stuart a effectué ses études à l'Université de Corse où il a été diplômé d'un Master d'Histoire.
Avec ce nouveau livre, Desideriu Ramelet-Stuart met un terme à dix-sept années de recherches effectuées sur sa famille maternelle, menées à Paris, en Toscane, en Ecosse, en Irlande et bien sûr en Corse auprès des Archives et fonds de la Bibliothèque Patrimoniale de Bastia, mais aussi de fonds régionaux, communaux ou de particuliers.
Cet ouvrage a été validé par des universitaires et Desideriu Ramelet-Stuart a reçu l'appui de chercheurs d'Arizona ou de Glasgow, spécialistes des Stuarts.
Avec ce nouveau manuscrit, il s'agissait pour l'auteur de tenter de percer le mystère qui a conduit  Emmanuel Stuart à venir en Corse en plein 18ème siècle, pendant la période Paoliste et à s'y établir. Par ailleurs, Desideriu Ramelet-Stuart a voulu porter un éclairage sur les Stuarts qui ont fait souche en Corse, et la dynastie des souverains d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, s'appuyant en cela sur un programme de recherches de généalogie-génétique qu'il finance avec ses fonds privés. Avant lui, à la fin du 19ème siècle, un de ses ancêtres, Théodore Stuart avait déjà fait des recherches relatives aux origines de la famille, convaincu qu'ils descendaient du clan royal des Stuarts. Un fait troublant venant étayer ses soupçons; dans chaque génération un enfant au moins porte le prénom de Jacques pour les garçons, et Marie pour les filles, comme dans la dynastie royale des Stuarts d'Angleterre. Pour les besoins de son enquête, il avait même fait un déplacement jusqu'en Algérie. 

La dynastie royale des Stuart et les Jacobites

Bibliothèque Tommaso Prelà de Bastia : "Un Stuart dans la Nation Corse"
Il est bon de rappeler que la dynastie des Stuart règne sur l'Ecosse entre 1371 et 1714, et sur l'Angleterre, l'Irlande et le Pays de Galles entre 1603 et 1714, et donne naissance à de très grands monarques.
A la suite d'un coup d'état, la "Glorieuse Révolution" d'Angleterre (1688-1689), qui oppose partisans catholiques de Jacques II d'Angleterre (ou Jacques VII d'Ecosse) à Guillaume III d'Orange à la tête de l'armée néerlandaise protestante, le souverain Jacques II est renversé et contraint de se réfugier en France où il est soutenu par son cousin le roi Louis XIV. Sa fuite signe son abdication. Marie II, de confession protestante, fille de Jacques II le roi déchu catholique, devient alors reine d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande au côté de son époux le prince hollandais Guillaume III d'Orange.
Le prénom du roi Jacques II, en latin se traduit par Jacobus. Les royalistes britanniques qui lui sont restés fidèles, ainsi qu'à ses successeurs, fondent alors le Jacobitisme et seront connus sous le nom de Jacobites. Les Jacobites soutiendront la dynastie détrônée des Stuarts et considéreront comme usurpateurs tous les rois et reines britanniques qui règneront pendant cette période.
Jacques François Edouard Stuart, Chevalier de Saint-George, fils de Jacques II, né à Londres en 1688, ne connaîtra que l'exil. Il s'installera à Rome où il mourra en 1766. Toujours prétendant aux trônes d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, il sera connu sous le nom de Jacques III et Jacques VIII ou encore surnommé "Vieux Prétendant".
Charles III, fils de Jacques III et VIII, vivra à Florence puis à Rome. Né en 1766 il mourra en 1788 sans héritier mâle légitime. Charles III ou encore Charles Edouard Stuart est connu aussi sous les surnoms de "Bonnie Prince Charlie", le "Jeune Chevalier" ou le "Jeune Prétendant". A la mort de Jacques III, son père, il ne sera pas reconnu par le Vatican comme successeur au trône, mais sera toujours soutenu par les Jacobites.
Le frère cadet de Charles III, Henri Benoit Stuart, devienda Cardinal-Evêque de Frascati. Pour les Jacobites il incarne le dernier prince en descendance directe de la dynastie Stuart.

Emmanuel Stuart : Premier Stuart de Corse

Bibliothèque Tommaso Prelà de Bastia : "Un Stuart dans la Nation Corse"

Cet homme est l'ancêtre des Stuarts de Corse. Né à Belfast, il quitte l'Irlande en s'engageant dans la Royale Navy. Il est forgeron et maître armurier. Alors que son bâtiment arrive en Toscane, à Porto Ercole, il déserte et veut se rendre à Rome. Il s'engagera finalement dans un autre régiment et sera en poste sur l'Ile d'Elbe.
En 1766, Emmanuel Stuart quitte l'Ile d'Elbe et s'installe dans la partie Nord-Ouest de la Corse. C'est une époque troublée propice aux intrigues. Pascal Paoli établit des négociations diplomatiques et politiques directes avec les Jacobites. Emmanuel Stuart est quant à lui un Jacobite proche du Prince Charles Edouard Stuart (Bonnie Prince Charlie).
Gênes cède la Corse à la France le 15 mai 1768.
En mai 1769 c'est la bataille de Ponte Novu qui voit s'affronter les troupes de Pascal Paoli à celles du roi de France Louis XV. C'est la défaite pour Pascal Paoli qui s'exile en Grande-Bretagne. Emmanuel Stuart quitte aussi la Corse et s'installe sur l'Ile d'Elbe à Portoferraio.
En 1774, Emmanuel Stuart revient définitivement en Corse avec sa femme et son fils Giovanni. Ils s'installeront à Castifao où ils feront souche. Emmanuel Stuart lutte contre les positions françaises. Il va se trouver isolé et doit sa survie à des notables paolistes. Il mourra prématurément le 22 novembre 1780 à Pietralba, où il est enterré.
Giovanni Stuart, son fils sera protégé par les paolistes. Il se mariera et s'installera à Castifao. Des enfants naîtront dont Paolo et Emmanuele qui perpétueront par deux branches distinctes la postérité des Stuarts jusqu'à nos jours.
Il y a à notre époque une quinzaine de Stuarts qui vivent en Corse. Il a été établi grâce aux recherches ADN, financées par Desideriu Ramelet-Stuart, que toutes ces personnes ont pour ancêtres les rois et reines d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande. Une nouvelle campagne de recherches de généalogie-génétique va démarrer qui va déterminer de quelle branche exacte ces Stuarts sont issus, mettant ainsi un terme à la belle épopée romanesque du premier Stuart de Corse.

"Morgani ou la naissance de la médecine moderne"

Christian Peri, Conservateur des bibliothèques, et Linda Piazza, Bibliothécaire, ont accueilli, récemment, le docteur François Paoli pour la présentation de son dernier ouvrage : "Jean-Baptiste Morgagni ou la naissance de la médecine moderne" dans les locaux de la bibliothèque patrimoniale, Tommaso-Prelà de Bastia.

 

"Morgagni ou la naissance de la médecine moderne"

François Paoli est chirurgien des hôpitaux et historien de la médecine. Aujourd'hui retraité, il a été pendant plusieurs décennies chef de service à l'hôpital de Bastia.
Il écrit depuis une vingtaine d'années et est aussi l'auteur de très nombreux articles. François Paoli a publié une monographie de son village : "Letia et la région de Vico dans l'histoire de la Corse, et il est à l'origine de la réédition d'une revue de mars 1914 "A Cispra".
François Paoli est aussi l'auteur de trois ouvrages : "Le docteur Antomarchi ou le secret du masque de Napoléon", paru en 1996 aux éditions Publisud; "La jeunesse de Napoléon" édité en 2005 aux éditions Tallandier  et "Jean-Baptiste Morgagni ou la naissance de la médecine moderne, publié en 2013 aux éditions Glyphe.

"Jean-Baptiste Morgagni ou la naissance de la médecine moderne" est une biographie de ce médecin italien découvreur de l'anatomopathologie et pionnier de la classification des maladies. 
Il est né à Forli en 1682. C'est un contemporain de Louis XV. Issu de la grande bourgeoisie il fait des études brillantes à Forli, puis poursuit ses études de médecine à Bologne. Là il est en contact avec d'excellents médecins, mais il n'arrive pas à y obtenir un poste de professeur. Il se rend alors à Venise. Padoue et sa fameuse université sont une proche banlieue de Venise. Là bas il se fait connaître et apprécier et en 1712 il se voit attribuer un poste de professeur de médecine théorique à l'université de Padoue. Ensuite il obtiendra une chaire d'anatomie qu'il occupera pendant 60 ans. Jean-Baptiste Morgagni donnera des cours jusqu'à 90 ans.
Le prestige de l'université de Padoue dépendait de la qualité de ses professeurs. Jean-Baptiste Morgagni sera membre correspondant de toutes les grandes universités européennes. Des personnalités importantes se déplacent pour le rencontrer : Joseph II (frère de Marie-Antoinette), Morgan (un chirurgien américain), James Boswell, Victor-Emmanuel III de Piémont... Jean-Baptiste Morgagni est aussi en correspondance avec les Papes et les médecins des Papes.
Il a publié très tôt des manuels d'anatomie. Il écrira entre autres "Recherches anatomiques sur le siège et les causes des maladies". Il publiera aussi les résultat de près de 700 autopsies.
Avant Jean-Baptiste Morgagni, c'est à dire à l'époque de Louis XIV, la médecine avait très peu progressé durant des siècles et elle était à peu près la même que du temps d'Hippocrate (460-377 av. J.C.) ou Galien (130-201). Cette médecine était fondée sur la théorie des quatre humeurs : le sang, le phlegme, la bile jaune et la bile noire. Les maladies apparaissant lorsque les humeurs sont déséquilibrées. Les prescriptions étaient très prudentes, il n'y avait pas de chirurgie. Il existait aussi deux courants distincts, les circulationnistes et les anticirculationnistes, c'est à dire ceux qui pensent que le sang circule dans le corps et ceux qui sont opposés à cette idée. Les professeurs de médecine restaient en chaire et ne participaient pas aux autopsies, ils surveillaient cela de loin et ne pouvaient pas faire de réelles observations et découvertes. Jean-Baptiste Morgagni va descendre de sa chaire et participer lui-même aux dissections, il fera ainsi des découvertes et fera avancer la science. Ainsi, il fait faire un pas considérable à la médecine. Il possédait un authentique esprit de chercheur, toujours occupé à travailler, à écrire des ouvrages. Grand et bel homme, il était surnommé "Sa majesté anatomique". Un peu oublié depuis 100 ans, le nom de Morgagni était associé à presque tous les syndromes et des salles portaient son patronyme. Jean-Baptiste Morgagni est mort à Padoue en 1771.

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement" de Francis Beretti

Il y a quelques jours Francis Beretti était reçu à la bibliothèque Tomaso Prelà, par Christian Peri (conservateur des bibliothèques) et Linda Piazza (bibliothécaire) pour présenter son tout dernier ouvrage, édité en janvier 2015 et consacré au double exil de Pascal Paoli en Angleterre.

 

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement"
Francis Beretti est agrégé d'Anglais et Professeur Emérite de l'Université de Corse. Il a publié près d'une centaine d'articles historiques couvrant les XVIIIème, XIXème  et XXème siècles ainsi que des livres dans le domaine de l'étude du XVIIIème siècle et des voyageurs britanniques en Corse. Il a publié "Pascal Paoli et l'image de la Corse au XVIIIème siècle - Le témoignage des voyageurs". Il est aussi l'auteur d'une biographie de Giovan Francesco Galeazzi, qui fut un proche de Pascal Paoli "Un notable dans la tourmente de la Révolution (1757-1829)."
Francis Beretti est devenu historien pour son plaisir, depuis les années 1970. Sa passion pour James Boswell a été déterminante dans sa quête de documents historiques.
Son dernier ouvrage "Pascal Paoli en Angleterre, Trente-trois années d'exil et d'engagement" (éditions Alain Piazzola - Università di Corsica) a nécessité un travail de plusieurs années de recherches et de rédaction.

Double questionnement 
Le lecteur de ce livre est d'abord intrigué par les deux noms d'auteurs inscrits sur la couverture, Francis Beretti et Frances Vivian.  Frances Vivian était une historienne anglaise qui était l'auteure d'un article de 1949 consacré à Pascal Paoli en Angleterre. Cet article est excessivement bien écrit, très fin, très approfondi et aussi très accessible. Francis Beretti n'a jamais rencontré physiquement la co-auteure de cet ouvrage. Il l'a connue par l'intermédiaire d'une amie, et les deux historiens ont échangé une longue et fructueuse correspondance, jusqu'au décès de Frances Vivian survenu en 2001. Frances Vivian, grande érudite, avait effectué un énorme travail, consacré à Pascal Paoli et a laissé à sa mort un manuscrit très fourni dont les références s'arrêtent en 1986. Elle était l'auteure d'un ouvrage consacré au Consul Joseph Smith (1682-1770), collectionneur de tableaux provenant d'Italie et aussi un ouvrage sur Frédéric Prince de Galles (1707-1751) lui aussi grand collectionneur de tableaux. Frances Vivian était férue d'art et de littérature. Elle s'est également intéressée à la vie de Pascal Paoli et à son exil en Angleterre car elle connaissait la Corse où elle est venue en 1943. Elle était aussi passionnée par l'Italie, la peinture, la musique... L'éditeur a souhaité inscrire son nom sur la couverture de l'ouvrage, en tant que co-auteur, par prudence vis à vis de ses héritiers et aussi pour lui rendre hommage car elle avait effectué un gros travail.
Le second questionnement concerne le tableau de Benbridge qui illustre la couverture du livre. Pascal Paoli, sur le champ de bataille, est censé recevoir d'un messager l'information de la défaite de Ponte Novu. Mais cette toile est bien énigmatique. Il s'agit d'un tableau très intéressant, presque de propagande sur lequel Pascal Paoli est représenté comme un chef d'Etat et non comme un chef de guerre. Henry Benbridge était un peintre américain missionné par James Boswell  pour faire deux tableaux de Pascal Paoli. Celui-ci, visible à Morosaglia, et un portrait en pied du Général Corse.

Les exils du général Pascal Paoli

"Paoli : 33 années d'exil et d'engagement"
Après la défaite de Ponte Novu, Pascal Paoli quitte la Corse par Porto-Vecchio et s'embarque pour Livourne sur un navire anglais. D'après Frances Vivian ce départ n'était pas programmé. Le capitaine du bateau ne fait pas partie de la Navy, c'est un civil. Pascal Paoli ne sait pas encore où il va se rendre, ce n'est qu'à La Haye qu'il va prendre contact avec l'ambassadeur de Grande Bretagne.
Pourquoi est-il parti à Livourne? Deux éléments semblent favorables à ce choix. Le premier est qu'il y a une importante communauté corse à Livourne composée de groupes de personnes fidèles et actives (Rivarola). Il s'y trouve aussi des anglais, surtout des négociants favorables à Pascal Paoli et très défavorables à Choiseul! Le Consul de Grande-Bretagne à Livourne est par exemple très favorable à Pascal Paoli. Cela était du en grande partie à la visite en Corse de James Boswell  qui avait écrit une sorte de "best-seller" de l'époque : "Le journal d'un tour de Corse, et mémoires de Pascal Paoli", qui a amplifié la lutte de Pascal Paoli qui représente deux idées fortes : la liberté et la patrie. Boswell est très enthousiaste.
Pascal Paoli est acclamé par la foule lorsqu'il arrive à Livourne. Il passe en Toscane et essaie de voir Frédéric afin d'obtenir une aide.  Lorsqu'il arrive en Angleterre, la situation est très complexe. Le roi George III ressent de la gêne vis à vis de Pascal Paoli car celui-ci est un rebelle. Les partisans de la lutte de Pascal Paoli l'ont aidé grâce à une collecte de fonds qui lui ont servi ainsi qu'aux réfugiés corses.


A la même époque en Angleterre, il y a aussi un problème de politique extérieure, on assiste au début de la grogne des colons d'Amérique qui va déboucher sur l'Indépendance.
Pascal Paoli est accueilli par James Boswell et Andrew Burnaby, Consul à Livourne, qui avait effectué un voyage en Corse. James Boswell aidera Pascal Paoli de 1769 jusqu'à la fin. C'est grâce à lui qu'il a eu un buste et une plaque d'ans l'abbaye de Westimster. Pascal Paoli sera témoin, par la signature, au mariage de Boswell en 1769, et il se rendra effectivement en Ecosse en 1771.
Pendant son exil des lettres et correspondances attestent qu'il s'informe de la situation en Corse. Il correspond avec des gens importants. Ainsi, il reçoit une lettre de Catherine II qui lui demande de venir en Russie en 1770 et lui offre un poste important. A Londres, il est reçu par de grands aristocrates qui connaissent un longue tradition de voyages. Ces anglais fortunés et instruits aimaient se rendre en Italie pour de longs mois. L'Italie était une "terre promise" pour l'art, la peinture, la sculpture, la musique, la littérature... Ce sont des connaisseurs d'art, appartenant à des cercles lettrés de Londres, qui rapportent chez eux des chefs d'oeuvres italiens. Ceci créé un lien naturel. L'Italie se trouve transportée à Londres. Les aristocrates londoniens baignent dans cette atmosphère. De ce fait Pascal Paoli va lui aussi fréquenter des artistes, compositeurs, hommes de lettres très connus. Il se trouve introduit dans les cercles les plus distingués. Il fréquente par exemple Samuel Janson qui est un auteur de dictionnaire très célèbre. Pascal Paoli s'intéresse aussi beaucoup à la littérature et à la philosophie et en débat très régulièrement.
Dans ses premières lettres, Pascal Paoli se montre très enthousiaste de l'Angleterre qu'il apprécie pour ses paysages, ses moeurs, le caractère de la population (les anglais étant des gens apaisés) et aussi pour le système constitutionnel de la Grande Bretagne, qui est une démocratie à l'écoute des citoyens.


Pourquoi Pascal Paoli ne s'est-il pas engagé en faveur des rebelles américains? Par fidélité certainement pour la Grande Bretagne qui l'avait reçu et aussi sans doute parce qu'il nourrissait l'espoir que les britanniques allaient changer d'orientation politique vis à vis de Louis XV
1790 voit la fin du premier long exil de Pascal Paoli.
Il repart en Corse à cette date, mais quitte à regret Londres où il avait connu le confort, l'amitié, la reconnaissance...
Il vit en Corse l'épisode de la Révolution. Il connait les amitiés des Bonaparte et de Saliceti qui se délitent en 1793.
Avec le royaume anglo-corse (1794-1796) Pascal Paoli est évincé de la scène politique. On assiste à la montée en puissance de Charles-André Pozzo di Borgo, homme intelligent et très fin qui s'attire les bonnes grâces du vice-roi Elliot.


1795 marque la fin du pouvoir politique de Pascal Paoli. Il connait un nouvel exil. Il est rappelé par le roi George III qui lui concède une pension. Pascal Paoli de retour à Londres veut maintenir son "décoro" et veut être traité avec la dignité qui convient à sa situation. C'est un homme vieillissant, qui n'est plus un chef de guerre, mais un intellectuel et un homme de cour... Il meurt en 1807. Son buste est sculpté par John Flaxman, qui a réalisé un monument de l'amiral Nelson. Une plaque commémorative est apposée dans une nef de l'église qui se trouve au coeur de l'histoire britannique, Westminster. Et cet honneur au vieux général corse mort en exil est loin d'être insignifiant.

Quatrième de couverture

La période d'activité politique de Pascal Paoli concernant son gouvernement de la Corse face à la domination génoise (1755-1769) est bien étudiée et documentée, par les historiens et biographes du chef corse, ainsi que le rôle qu'il a joué pendant la période révolutionnaire, et sous le régime du royaume anglo-corse (1790-1795).
En revanche, les deux séjours que Paoli a effectués en Angleterre, de 1769 à 1790, et de 1795 jusqu'à sa mort survenue en 1807, sont longtemps restés dans l'ombre. On en comprend aisément la raison : à ces moments-là, Paoli n'est plus en position de peser sur les événements, et les Etats pour qui la Corse pourrait représenter un enjeu ne s'intéressent pas au général en exil.
On se propose dans le présent ouvrage de mieux éclairer la "période anglaise" de Paoli en s'appuyant sur sa correspondance, toujours en cours de publication, sur la monumentale édition des "papiers" de James Boswell dirigée par l'Université de Yale, et sur un manuscrit
dactylographié inédit d'une historienne anglaise, Mrs Frances Vivian.
On voit que Pascal Paoli était reçu parmi l'élite de la nation anglaise, dans un pays où le roi George III et certains cercles littéraires et aristocratiques lui prodiguèrent un accueil respectueux et généreux; dans un pays où, en définitive, il passa près de la moitié de sa vie.